CARNET D'ADRESSES

Tu l'as, tu as le pouvoir

L’enjeu majeur des relations internationales aujourd’hui est l’unification d’une gouvernance globale

Interview de Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et co-directeur avec Thierry de Montbrial du dernier rapport annuel de l’Ifri intitulé Ramses 2013

Votre nouveau rapport Ramses 2013 (Editions Dunod) est sorti récemment, quelles sont les grandes lignes directrices de cette nouvelle version 2013 ?

Il est important de rappeler que Ramses est un rapport qui doit rendre compte de l’ensemble de l’actualité internationale. En ce sens, Ramses ne peut être prisonnier d’un unique fil directeur dans la mesure où il doit rendre compte de l’actualité économique et politique internationale. L’objectif est de faire un rapport sur l’année écoulée et l’année qui vient. Néanmoins, si nous devions faire émerger un fil conducteur, une problématique, cette dernière serait « comment gouverner la mondialisation ? ».

Comment sont opérés les choix des thématiques au sein des 7 grandes parties (1.Gouverner Aujourd’hui ; 2.Economie mondiale ; 3.Europe ; 4.Monde Arabe et pourtours ; 5.Afrique ; 6.Asie ; 7.Amériques) ?
S’agit-il d’une réflexion collective ou bien la décision revient au responsable de rubrique ? Par exemple, dans la rubrique 4 intitulée Monde Arabe on constate qu’il y une attention particulière portée à la région du moyen orient au détriment, d’une certaine manière, des pays du Maghreb et de l’Egypte.

Notre volonté est de ne pas être trop répétitif. C’est en cela que nous souhaitons renouveler les thématiques. Il nous est impossible de traiter tous les Etats du Moyen Orient. Il y a une sélection qui est opérée.

Est-ce une décision personnelle ou collective ?

C’est une décision collective, une négociation d’une certaine manière entre le coordinateur que je suis et les chefs de rubrique. Il y a un élément qui concoure aussi à cette sélection : notre capacité à trouver des auteurs de qualité pour traiter les sujets.

L’Ifri agrège autour de ce projet collectif des experts aux nationalités diverses. Existe t-il, dans votre recrutement, un profil type de chercheur privilégié par l’ifri ?

Il y a 2 catégories d’auteurs parmi les 50 contributeurs au numéro de Ramsès 2013. Première catégorie de chercheurs, les chercheurs salariés de l’Ifri qui en tant que collaborateurs se doivent d’une certaine manière de contribuer à cet ouvrage. La deuxième catégorie de contributeurs est composée de chercheurs extérieurs dans la mesure où l’Ifri n’a pas à sa disposition tous les chercheurs nécessaires pour la rédaction d’un tel ouvrage. Ces personnes extérieures à l’ifri perçoivent une rémunération.

Comment ces personnes sont elles choisies ?

Nous avons des bases de données qualifiées sur lesquelles figurent des noms de chercheurs. A travers cet ouvrage collectif, nous essayons aussi d’en faire un tremplin pour de jeunes chercheurs. Il est important de rappeler que tous les articles sont relus et discutés avec les auteurs eux-mêmes.

Au delà des dynamiques partisanes, les think tanks se positionnent souvent sur un axe politique gauche-droite, ou à défaut de le faire, affichent les grands principes philosophiques et politiques qui gouvernent leurs actions. En publiant chaque année un tel rapport, quelle vision du monde souhaitez-vous partager avec vos lecteurs ?

Ramsès est un recueil de nombreux articles produits par des chercheurs qui, à titre personnel, ont une vision du monde spécifique. Pour autant, nous essayons de privilégier une certaine unité. Il s’agit d’ailleurs davantage d’une unité de problématiques sur les modalités de gouvernance de la mondialisation. Certains articles mettront l’accent sur le rôle de l’Etat souverain alors que d’autres travailleront davantage sur les coopérations internationales.
Nous nous fixons néanmoins deux règles strictes qui sont de ne pas être polémiques ni partisans dans nos productions même si l’orientation politique transparait parfois dans certaines productions. Nous nous devons aussi de tenir compte des sensibilités de chacun.
Les recommandations faites aux chercheurs sont d’exposer clairement la problématique et d’envisager toutes les solutions possibles au delà même des préférences personnelles. Je tiens à souligner que la plupart des auteurs approuvent la démarche et très peu souhaitent délibérément être polémiques.

Une version électronique de Ramses 2013 est disponible en téléchargement sur la plateforme www.numilog.com (gratuite lorsque l’on possède la version papier et payante pour un nouvel acquéreur), est-ce une volonté de l’Ifri de s’adapter aux nouveaux modes de consommation des lecteurs ? Une version papier a-t-elle encore un sens à l’heure du tout numérique ?

Vous posez une bonne question qui est débattue depuis des années à l’Ifri. C’est d’abord l’éditeur Dunod qui a souhaité mettre en ligne une version électronique même si la nécessité d’avoir une version numérique est communément admise. Alors la vraie question effectivement est celle de la pérennité de la version papier. Pour le moment, nous maintenons cette version papier que nous vendons à 5/6000 exemplaires par an. Grâce à ce volume de ventes, nous atteignons l’équilibre financier. Il est vrai que si, à l’avenir, les ventes « papier » venaient à décliner, nous serions obligés de redéfinir notre modèle. Pour autant, je tiens à vous rappeler que les volumes des ventes électroniques restent très marginaux pour le moment.

De manière un peu prospective, parmi l’ensemble des thématiques évoquées dans votre ouvrage, qu’elle est celle qui, selon vous, est susceptible d’avoir le plus d’impact sur le niveau actuel des relations internationales ?

La vraie question porte sur la gouvernance globale. Cette gouvernance globale avance-t-elle ou non ? A l’heure actuelle, nous avons de nombreux éléments et indicateurs qui nous permettent de savoir si cette gouvernance se développe ou non. L’enjeu majeur des relations internationales aujourd’hui est l’unification d’une gouvernance globale. Est-ce que les hommes arriveront à construire cette gouvernance planétaire qui me semble indispensable pour affronter les problèmes majeurs dont l’échelle est mondiale ?

Que pensez vous de la réélection récente de Barack Obama ?

Je dirais que les hommes de manière générale et le peuple américain en particulier sont raisonnables. Le discours le plus centriste -, le plus rassembleur était celui de Barack Obama, notamment en matière de politique étrangère. Finalement, le peuple américain est plus centriste qu’on ne l’imagine. Sauf à voir émerger des régimes complètement nouveaux créant une rupture capitale au niveau mondial, le système international, tel qu’il évolue aujourd’hui, doit pouvoir se reposer sur des gestions équilibrées des problèmes politiques.

Est-ce que les deux prétendants à la Maison Blanche, Mitt Romney et Barack Obama, possédaient réellement une vision différente du rôle des Etats Unis sur la scène internationale ?

Il y avait une vision très différente entre les deux prétendants à la Maison Blanche. Mitt Romney était très centré sur les Etats Unis, très enfermé dans le monde américain. Concernant la politique européenne, il n’y a pas réellement de différence dans la mesure où Barack Obama, réélu, sera très pris par la zone Asie Pacifique et le Moyen Orient. L’intérêt pour l’Europe sera assez minime même si les Etats Unis ne peuvent évidemment pas se permettre une faillite collective de l’Europe. Mais le consensus à Washington est que les européens doivent dorénavant s’en sortir par eux mêmes.

Ouvrage accessible sur le site des éditions Dunod cliquez ici : Ramses 2013

Source : http://www.oftt.eu

Quel est le poids de la Côte d’Ivoire aujourd’hui sur la scène internationale et en particulier dans la sous-région. C’est une réflexion qui doit être menée à son terme au vue des enjeux induits, de sorte que ce pays se positionne durablement sur l’échiquier international.
Cette influence passera donc nécessairement par notre intégration économique et politique régionale et internationale sur tous les thèmes : sport, économie, commerce, genre, travail des enfants, environnement, sécurité… D’autre part, les questions de gouvernance, de normes internationales, de facilitation des échanges (AGOA, APE…) doivent revenir au centre de notre politique internationale.

Marc AMAND
Directeur Associé
ILEADS Consulting

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