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Mehdi Benchoufi : « Miser sur l’innovation, pour envisager le monde tel qu’il vient »

Rencontre avec Mehdi Benchoufi, président du Club Jade.

Tout en gardant sa dimension généraliste, le Club Jade consacre une grande partie de ses travaux aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Le Club Jade a toujours fait de l’innovation un élément central de ses réflexions. Notre intérêt pour les TIC s’inscrit dans cette logique. Nous travaillons sur ce sujet non pas d’un point de vue technique, mais en tant qu’il constitue un véritable enjeu de société sur les plans éducatif, culturel, économique, etc. Un peu comme l’écologie dans les années 1970-80.

Or, on constate que les débats politiques sur les TIC se réduisent souvent à leurs dimensions techniques ou technologiques : c’est une impasse. Il faut être capable d’envisager le monde tel qu’il vient. Parce que l’innovation doit guider les politiques publiques, il faut porter cette thématique au niveau qui doit être le sien.

Concrètement, comment cet intérêt se traduit-il ?

Entre autres, le Club Jade a participé à la rédaction du Livre blanc sur l’« open data » du Conseil National du Numérique et a mis au point certains outils pédagogiques, comme des infographies sur les grandes thématiques de la campagne présidentielle. En outre, nous venons de publier un e book, La France dans son monde, qui oppose à la peur de la mondialisation (très fortement clivante dans la société française actuelle) l’espoir incarné inséparablement par les nouvelles technologies, les nouveaux métiers, les nouvelles connaissances et les nouveaux secteurs économiques.

Le monde change très rapidement et il faut non seulement en prendre conscience, mais ne pas rester, pourrait-on dire, « sur le bord de la route » : les échanges économiques s’accélèrent, etc. Dans ce contexte, tout le monde a la possibilité de participer à la création des valeurs, à chacune de ses étapes. Notre société est, quoi qu’on en pense, une société de partage. L’une des manifestations en est que la connaissance est en train de devenir accessible à tous : la frontière entre les citoyens et les experts explose, tout comme celle entre les producteurs et les consommateurs. On assiste à un mouvement anthropologique de fond, que l’on peut comparer à l’invention de l’imprimerie au XVe siècle qui a permis de décupler le savoir et, par là même, de contraindre la puissance intellectuelle à de profondes mutations. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, le savoir n’est pas décuplé, comme au temps de l’imprimerie, mais multiplié.

Que répondez-vous à ceux qui dénigrent l’outil Internet, en dénonçant ses dérives et ses dangers ?

Internet dispose d’une puissance considérable, à condition de savoir l’utiliser. Le fact-checking (i.e. la possibilité de vérifier des données en temps réel), par exemple, est extrêmement intéressant.

Tous les systèmes de médiation, que ce soit en économie, en politique ou dans le domaine du journalisme, ont explosé mais ils n’ont pas pour autant disparu : ils se recomposent, notamment grâce à Internet. Les pouvoirs publics ne peuvent pas, ne doivent pas y être insensibles.

En politique, la représentation naît d’une contrainte pratique. En effet, se rendre tous ensemble dans un même lieu pour délibérer est impossible. Or le niveau actuel du débat sur ce sujet est très bas : la question n’est pas la fin ou non de la représentativité, mais celle de sa nature même. L’enjeu posé par les e-technologies ou, pour prendre un autre exemple, celui de la diversité en constituent deux illustrations.

Il y a certes des difficultés de financement de l’économie numérique. Mais le véritable problème, c’est que la culture n’y est pas : finalement, dans notre pays, on ne s’approprie pas la modernité. Ainsi en est-il de l’école, qui doit absolument être investie par les nouvelles technologies, lesquelles constituent désormais un outil primordial du savoir. L’exemple des tutoriels sur Internet est archétypal : les enfants savent presque mieux s’en servir que les adultes… Ils sont même capables d’en produire, et ce, sur tous les sujets. Il faudrait donc, dans le cadre de leur apprentissage, leur offrir une marge de liberté plus grande dans l’usage des TIC. Selon une approche plus interactive, pariant sur la faculté des enfants à apprendre remarquablement vite et à être eux-mêmes des producteurs de savoir, l’enseignant devrait ainsi devenir un partenaire de ce savoir, et non une autorité magistrale d’où découle ex cathedra ce qui mérite d’être su. À ce titre, l’exemple du serious gaming a déjà été évoqué : il permettrait de renouer avec la nature exploratoire et ludique de la connaissance.

Par ailleurs, on pourrait envisager une refonte profonde du design des salles de classe et de l’école, vers des espaces plus ouverts, décentrés du professeur qui est juché sur son estrade. Ces espaces seraient plus propices au partage d’informations et de connaissances, et feraient des enfants de véritables acteurs de la circulation et de l’enrichissement du savoir sur Internet. On peut leur donner les codes, mais ils en inventeront d’autres, parce que c’est d’eux in fine que viendra l’innovation.

Source : http://www.oftt.eu

Dans la droite ligne de ce que Mehdi Benchoufi évoque sur le rôle des sytèmes d’information et de l’innovation pour ne pas se laisser surprendre, il est bon de se rappeler que la suisse a été déclaré pays le plus performant par le dernier classement du Forum Economique Mondial (WEF) grâce au rôle que l’innovation joue dans son système productif et dans l’économie réelle.
Un véritable pied de nez pour les trop nombreux pays où le secteur financier et bancaire reste encore réfractaire sur l’innovation tant dans les process et les services et oublie malheureusement sa mission première qui est d’accompagner le développement et la performance des organisations en tant que partenaire. La Suisse ce pays de banquiers…

Marc AMAND
Directeur Associé
ILEADS Consulting

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