CARNET D'ADRESSES

Tu l'as, tu as le pouvoir

Gisèle Dutheuil : « Je crois que l’avenir sera plus centré sur l’obligation de résultat que sur un cadre de travail rigide »

Gisèle Dutheuil : Directrice de Audace Institut Afrique

Gisèle Dutheuil : Directrice de Audace Institut Afrique

Quel est votre parcours, comment êtes vous arrivée à ce poste ?

J’ai un parcours que je pourrais qualifier d’ouvert car  je suis juriste de formation et j’ai complété ce cursus par diverses formations notamment en communication, leadership mais également en médecine tropicale et infographie. Je suis arrivée à mon poste actuel après avoir fondé, avec le Président Mamadou Koulibaly, Audace Institut Afrique (AIA) que je dirige maintenant depuis novembre 2009. Je qualifierais ce parcours de passionné.

En quoi consiste votre métier aujourd’hui ? (description des missions, genre de problèmes résolus,…)

Je suis responsable du programme des activités de l’institut et en charge de l’élaboration du plan stratégique. Je gère toute la partie événementielle, les relations publiques et relations presse. Je fais également des formations et assure l’encadrement de nos étudiants pour la liberté en Afrique francophone ainsi que divers groupes sur les campus. Je suis également en charge du fundraising. Je trouve un peu de temps pour écrire mais pas assez malheureusement.

L’institut ayant été créé fin 2009, il y a beaucoup de travail pour développer une image et une réputation. Pour cela il faut réussir rapidement grâce à un travail acharné. Quand on travaille avec passion, tout cela ne paraît pas lourd ! Notre équipe étant petite il faut tout gérer et cela oblige à acquérir de nouvelles compétences pour progresser et se diversifier sans cesse. En cela c’est stimulant. Nous avons eu la joie cette année d’entrer dans le top 10 des meilleurs nouveaux  think tanks au monde selon le rapport Global go to think tanks réalisé annuellement par l’université de Pennsylvanie.

Quelles sont les compétences professionnelles et les qualités qu’il faut avoir pour pratiquer ce métier ? Y a-t-il une voie royale ? (Formation)

Je ne crois pas qu’il y ait une voie royale. Il faut une ouverture d’esprit, une envie de toujours progresser, une forte capacité de travail mais surtout de la passion pour ce que l’on fait sans quoi c’est inutile de se lancer. Il est conseillé d’avoir quand même des notions sur la gestion d’une organisation et un niveau d’étude qui permette un partage du savoir. Il faut aussi avoir la capacité de partager ce savoir. Au-delà, il faut aimer les autres et repérer en eux leurs qualités pour les faire progresser et créer de nouveaux leaders qui vont aider l’institut plus tard dans la promotion de la liberté. Les perspectives d’évolution personnelle sont fortement liées à la progression d’AIA. Les nouveaux projets nous obligent à apprendre et à progresser. Les rencontres et les partenariats enrichissent et permettent de progresser encore. Le progrès doit être quotidien ! Je  suis d’ailleurs, à cet effet, depuis 2 ans,  un programme de formation spécifique aux dirigeants de think tanks, programme proposée par une fondation américaine.

Dans l’exercice de votre fonction, estimez-vous subir des inégalités liées au genre ? des exemples ?

Je ne subis absolument aucune inégalité liée à ma condition de femme.

Selon vous, est-on arrivé à ce modèle de développement où l’on peut donner la possibilité aux femmes décideurs de travailler moins que les hommes ou différemment ? quels dispositifs institutionnels ou organisationnels nos Gouvernants seraient bien inspirés de mettre en place et/ou de favoriser pour faciliter le lien entre vie privée et carrière professionnelle des Femmes décideurs en Côte d’Ivoire ? (exemple du temps partagé, travail à mi-temps, travail à la maison, crèches d’entreprises,…)           

Cette question m’étonne un peu car je vois de nombreuses organisations mettre le genre  au cœur de leur programme.  On revendique d’un côté l’égalité et dans le même temps on demanderait des aménagements spécifiques. Je crois que ces aménagements devraient concerner aussi bien les femmes que les hommes. En France on voit des papas prendre un congé parental pour s’occuper de leur bébé pour soigner un enfant. Si des facilités sont données aux femmes, il faut les donner aux hommes également. Après, chacun est libre d’en user comme il le souhaite. Cela dit, dans l’avenir je crois que le travail à domicile pourra évoluer grâce à l’internet. Vous n’avez pas forcément besoin d’être derrière un bureau pour élaborer un plan stratégique par exemple. Si vous le faite en marchant dans un parc vous pouvez être plus créatif et audacieux. Je crois que l’avenir sera plus centré sur l’obligation de résultat que sur un cadre de travail rigide. Si vous avez 4 jours pour rendre un rapport, peu importe votre lieu de travail, peu importe vos horaires, ce qui importe est la qualité du rapport et le respect du timing. Ce genre de facilité devrait être offert aux hommes comme aux femmes mais il est vrai que certains métiers ne sont pas compatibles avec cette flexibilité. On image mal un médecin occulter ses malades dans un jardin public par exemple.

Question subsidiaire : Un conseil à l’endroit des jeunes femmes en Côte d’Ivoire et des Hommes relativement à leur regard sur la femme en Côte d’Ivoire.

Les jeunes femmes auraient tout intérêt à moins parler de genre et à plus le vivre. J’assistais il y a peu de temps à une réunion dans une communauté musulmane et les femmes étaient séparées des hommes. Une femme a pris la parole et n’a regardé que le groupe des hommes, sans jamais jeter un regard sur le groupe de femmes alors même qu’elle présentait une cours d’alphabétisation pour les femmes. C’est significatif. Cette jeune femme accordait plus d’importance aux hommes. L’essentiel des inégalités prend racine dans les femmes elles-mêmes. Donc, j’invite les femmes à prendre confiance en leurs capacités et qualités. En France ; les femmes ont eu besoin de la guerre pour le comprendre. Tous les hommes étaient au front durant la seconde guerre mondiale et elles ont réalisé qu’elles étaient capables de tout faire, même réparer une voiture ! Quand elles ont compris cela elles sont devenues égales et le droit a dû suivre.

Quant-aux hommes, je les incite à ne pas avoir peur du progrès des femmes et au contraire à se réjouir de leur progrès et de leur liberté croissante. La domination de l’autre conduit à la discorde et n’est pas un terreau favorable au développement. A l’inverse, une personne libre qui se sent reconnue sera motivée, efficace, dévouée dans son travail. Permettre à l’autre de grandir ne veut pas dire que l’on rapetisse soi-même, bien au contraire, on multiplie alors les chances de progresser ensemble.

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